Cet Infernal Trail, c’est à Sandie que je le dois…
Fin 2024, après l’UTMJ, je cherchais une nouvelle aventure et je voulais tenter la Diagonale des Fous ou l’ Echappée Belle.
Comme il était déjà prévu que nous allions à Samoëns pour l’UTHG en juin et pour éviter de refaire à nouveau un trail dans les Alpes deux mois plus tard avec toute la logistique que cela nécessite, Sandie me glisse un jour à l’oreille, l’air de rien :
« Tu sais qu’à côté de chez nous, il y a l’Infernal Trail des Vosges ? Ca pourrait être bien aussi, en septembre ».
Au début, je suis dubitatif. J’ai déjà fait le Trail de la vallée de Lacs, très beau et j’ai davantage envie des Alpes que des Vosges. Mais la graine est plantée et va germer… Je me renseigne sur cet Infernal Trail et c’est vrai que ça a l’air alléchant !
L’inscription à la Diagonale des Fous étant impossible, je suis 1200ème sur liste d’attente pour 300 dossards disponibles à la première salve d’inscriptions en me connectant pourtant à l’heure pile d’ouverture des serveurs, je décide de m’inscrire à l’Infernal et tant qu’à faire, ce sera pour la distance maximale : les 200 km.
Je prépare cela du mieux que je peux et ce jeudi 11 septembre arrive bien vite…
Avec Manu dans la raquette de départ, il faut reconnaître qu’on n’en mène pas large et qu’on se demande dans quelle aventure on s’est embarqué, mais nous sommes déterminés à tout donner pour voir la ligne d’arrivée. Une dernière accolade pour nous motiver autant que nous rassurer et le fameux décompte de l’Infernal s’enclenche. Ca y est, c’est parti et il va falloir gérer du mieux possible les multiples barrières horaires qui s’annoncent tout en réussissant à ne pas partir trop vite : il s’agit bien d’une épreuve d’endurance et il ne faut pas brûler ses forces trop vite !
Les 5 premières heures se passent de nuit et sous une pluie quasiment ininterrompue mais supportable, même si les lunettes sont parfois plus dérangeantes qu’utiles avec cette pluie et la brume qui l’accompagne par endroit.
Au premier ravito de Saint-Amé, première bêtise : je bois un Coca et pose mon gobelet le temps de remplir mes flasques en me disant que ce n’est pas forcément une bonne idée… Effectivement, c’est une mauvaise idée et je repars sans mon gobelet. Je ne m’en rends compte que quelques kilomètres plus tard et il est hors de question de faire demi-tour. C’est ma flasque de secours qui fera office de gobelet par la suite s’il le faut.
Les kilomètres s’enchaînent bien avec quelques bonnes montées ou descentes jusqu’à la première base vie de Bussang au 60ème kilomètre. J’ai progressivement pris de l’avance sur les barrières horaires et tout en restant vigilant, je sais que j’ai un petit matelas en cas de coup de mou.
La base-vie de Bussang fait beaucoup de bien : c’est l’occasion de se changer et de prendre soin de ses pieds qui ont été trempés quasiment dès le début. Remettre une paire de chaussettes propres et surtout sèches est un bonheur. Un bon vrai repas riz bolognaise est également un vrai plaisir même si les ravitos ont été à la hauteur : bien achalandés, variés, avec parfois même des croque-monsieur !
Le départ de Bussang est terrible : une première montée droit dans le pentu pour remettre la machine en marche après ce repas. On est sur la piste de kilomètre vertical et on s’en rend bien compte… On y croise de nombreux photographes de Flash-sport qui ont tout le temps d’immortaliser notre périple et dont les photos sont d’ailleurs magnifiques. Il faut dire que le temps s’y prête bien et que le décor en arrière-plan est somptueux ! On descend ensuite une piste noire de ski avant de bifurquer sur notre droite et de remonter une autre piste noire à proximité des remonte-pentes. Un délice pour les cuisses et les mollets…
Cap ensuite sur la Jumenterie avec à nouveau une montée qui me laisse des souvenirs : un sentier en temps normal interdit aux promeneurs et on comprend vite pourquoi… Il s’agit d’une piste de VTT de descente dont il faut rejoindre le départ. L’arrivée au ravito de la Jumenterie et la petite pause qui l’accompagne font le plus grand bien. C’est un ravito dont je me rappelle particulièrement et pour cause : on a droit à des crêpes au Nutella !!! Et généreusement garnies car la dame qui s’en occupe précise qu’elle veille à ce que le Nutella aille jusque dans les coins quand elle replie la crêpe. C’est l’extase, j’avale quatre crêpes… On termine la grimpette en ressortant puis on a droit à une longue descente technique jusqu’au lac Alfred Sewen, un passage que je n’ai pas particulièrement apprécié tant il demande une vigilance de tous les instants.
Quelques bonnes montées et descentes se succèdent et j’arrive à la deuxième base-vie de Saint-Amarin au début de la nuit. Nous approchons du 100ème kilomètre. Depuis des semaines, j’avais dit à Manu qu’il fallait arriver le plus frais possible à cet endroit et j’avoue que je suis plutôt satisfait. J’arrive à relancer quand je le souhaite et à avoir un rythme satisfaisant pour ce qui me concerne. Un deuxième bon repas chaud et la possibilité d’à nouveau se changer font le plus grand bien. Ici comme partout tout au long du trajet, les bénévoles sont au petit soin et d’un dévouement extraordinaire pour nous. On recharge les batteries, on fait le plein de caféine, la deuxième nuit s’annonce, celle où les hallucinations peuvent commencer.
Je suis venu reconnaître le tronçon qui s’annonce début août : deux longues montées de 8 kilomètres et 800 ou 900 de D+ qui me plaisent bien. Les chemins ou sentiers sont agréables, la pente est régulière et il faut juste trouver son bon rythme pour avaler les kilomètres. Je monte bien et j’arrive au Grand Ballon en moins de deux heures. Il y a du vent et la température est un peu frisquette, il vaut mieux ne pas traîner là et vite basculer dans la descente que je sais elle-aussi agréable. Un bénévole nous annonce le ravito suivant, le chalet Edelweiss, à deux kilomètres environ et nous dit que nous pourrons y dormir un peu si nous le souhaitons.
C’est ce que je décide d’y faire en arrivant après avoir pris une soupe délicieuse. Ce que je ne pouvais pas imaginer, c’est que le repos se faisait dans une chambre avec de vrais lits, de vrais matelas et une grosse couverture à disposition. Je m’endors évidemment d’une traite et mon téléphone me réveille 25 minutes plus tard… 25 minutes qui sont passées en un clin d’œil… L’épreuve la plus difficile de ce trail s’annonce : sortir de ce lit douillet, remettre des habits secs et chauds que je garde en secours dans mon sac, ici un t-shirt en laine mérinos, et retourner dehors où la fraîcheur et le petit vent m’attendent. Les 3 premières minutes sont difficiles puis c’est reparti ! Et cette petite sieste m’a fait un bien fou !!
Je termine ma descente puis enchaîne sur la deuxième longue montée vers le Drumont qui se passe bien. Là aussi, il ne fait pas bien chaud au sommet et le ravito est bienvenu avec à nouveau de la soupe, du saucisson,…
On part ensuite vers Cornimont. Je n’ai guère de souvenirs de ce tronçon sinon une descente dans laquelle mes paupières sont d’une lourdeur incroyable. Nous approchons de la fin de la nuit et c’est un moment compliqué à passer : je n’arrive plus à marcher droit et je titube un peu sur ce chemin bien large. Je suis sur la gauche, mes yeux se ferment et se rouvrent alors que je suis à droite. Je crois que j’expérimente l’endormissement en marchant comme on peut s’endormir au volant et c’est un moment très délicat à surmonter.
En arrivant à Cornimont, je retrouve Sandie et sa présence me fait le plus grand bien après avoir fait tous ces kilomètres sans personne. Elle m’a ramené un gobelet de secours, je lui raconte mes péripéties nocturnes, mes hallucinations : j’ai vu des chats et des cygnes dans les bois ( qui se sont avérés être de beaux champignons) et les buissons prennent des formes variées… Cette dernière base-vie est l’occasion d’un dernier bon repas chaud, patates douces-jambon en ce qui me concerne, et d’un dernier changement de vêtements. Je refais une petite sieste de 20 minutes, j’allège mon sac en confiant ma lampe frontale à recharger à Sandie, en lui confiant mes habits sales et nauséabonds et en lui confiant mes Yaktrax. Une redoutable erreur, je ne le saurai que plus tard… Au moment où j’arrive à Cornimont, Manu en repart. A pas grand-chose près, on aurait pu se croiser, j’aurais vraiment aimé. Mais c’est déjà une immense fierté pour moi de savoir que je reste dans son sillage après tant de kilomètres !
Le départ de Cornimont est à nouveau une montée bien sèche : arrivés en haut, nous avons une vue magnifique sur la vallée mais pas le temps de traîner, il faut redescendre avant de remonter vers le col des Hayes ! A nouveau une montée difficile en forêt. Comme je suis équipé d’une balise GPS ( qui a assuré un suivi au top pour Sandie et les personnes qui voulaient me suivre, rien à voir avec Dotvision si certains connaissent…), Sandie m’attend sur le parcours, au sommet de la côte et on se retrouve ensuite au ravito. La voir me requinque à chaque fois !
Direction Rochesson ensuite : un tronçon dont je ne me souviens pas particulièrement, sinon le plaisir de retrouver Sandie et un copain, Nico, qui m’encourage chaleureusement et me dit que je suis encore bien lucide après un tel effort. C’est vrai, mais la notion du temps et du repérage dans le temps commence à être discutable, Sandie peut en témoigner !
On repart ensuite pour un gros morceau : le Haut du Tôt. Selon les bénévoles, c’est le juge de paix de cette fin de parcours et celui qui arrive au Haut du Tôt va généralement au bout, sauf blessure. Et effectivement, on déguste ! Une montée bien pentue et hyper technique nous attend jusqu’à la Roche des Fées avant une descente d’abord technique puis droite et raide… Pas le temps de récupérer qu’il faut enchaîner avec la montée vers le haut du Tôt. Une montée longue et parfois très difficile, notamment sur un passage du sentier des schlitteurs : un sentier où on ne s’embarrasse pas de virage et où on monte à nouveau droit dans la pente !
Le ravito du Haut du Tôt est un nouveau petit bonheur : en plus de ce qu’on trouve sur chaque ravito, on a droit à un barbecue ! Saucisse, tranches de lard et rondelle de pommes de terre, j’en salive encore rien que d’en reparler…
En revanche, une nouvelle peu réjouissante est annoncée : le retour de la pluie est prévu dans la soirée avec même des orages dans la nuit. L’expérience de l’UTHG et du drame d’Angolon me conduit à penser que la course pourrait être neutralisée et être arrêté si près du but serait terriblement frustrant même si je le comprendrais parfaitement.
Je repars donc assez rapidement du ravito : je souhaite une éventuelle bonne nuit à Sandie car elle ne sait pas si elle viendra sur le prochain ravito. Je récupère ma lampe frontale bien chargée et me mets en route pour le Rond Faing. Il reste trois tronçons de 13 km environ, on tient le bon bout. Une longue et assez douce descente me permet de bien relancer et de courir à bonne allure, ce qui permet de gagner un peu de temps sur l’orage et booste la confiance, puis une longue montée plus ou moins pentue nous mène au Rond Faing. J’ai bon espoir d’y arriver avant la nuit mais peine perdue, je dois m’arrêter 2 km avant le ravito pour remettre ma lampe frontale. Je me retrouve séparé du groupe que je suivais pour ces deux derniers kilomètres mais cela ne m’inquiète pas, je suis un coureur assez solitaire.
A la sortie du bois toutefois, je me retrouve un peu perdu : je vois ce que je prends pour les balises dans un terrain clôturé et ne comprends pas comment y accéder. Je fais plusieurs va et vient devant le terrain avant de comprendre que les prétendues balises sont des lanternes orangées et de finalement reprendre le bon chemin. Le manque de lucidité et de discernement commence à faire son œuvre ! Sandie est là au ravito et me dit qu’elle a vu que je faisais du sur-place juste avant le ravito : elle se demandait ce qui m’était arrivé. Rien, sinon le cerveau qui commence à débloquer au début de cette troisième nuit…
Ce dernier ravito partagé me donne les forces nécessaires pour attaquer la nuit. Sandie ne sera pas là à l’arrivée car elle court le 30 km le lendemain et je lui dis que je pense dormir directement dans la voiture en arrivant avant de reprendre la route.
Les deux derniers tronçons sont difficiles : d’apparence anodins sur le profil de course visible sur le dossard, ils réservent des montées abruptes que la fin de course et la fatigue accumulée rendent longues et compliquées. On s’accroche en se disant que ce sont les dernières…
Je passe le dernier ravito sur les coups de minuit : on reprend les dernières forces avec de la soupe, du saucisson et des encouragements. C’est parti pour le dernier tronçon et une invitée indésirable se joint à nous : la pluie. D’abord modérée, elle s’intensifie à mesure que le temps passe et c’est sous le déluge que j’arrive dans les derniers kilomètres. Un premier grondement me signale que l’orage s’annonce, mais il n’y a pas encore d’éclairs. Même ma veste imperméable finit par ne plus l’être malgré son haut indice d’imperméabilité… Je suis trempé mais je ne me rappelle pas avoir eu froid. Je dois retirer mes lunettes tant elles me gênent sous cette pluie intense.
Il me faut descendre à travers une sapinière mais la pluie a détrempé le sentier qui est devenue une pataugeoire ultra glissante et je finis par tomber. Si j’avais gardé mes Yaktrax, j’aurais pu traverser cette sapinière assez aisément et j’aurais gagné un temps fou ! Je me relève péniblement et peine à retrouver mes esprits : je suis désorienté et il me faut me concentrer et réfléchir pour savoir quelles balises suivre entre celles que je viens de passer et celles que je vois plus loin mais dont je ne sais plus lesquelles sont derrière et lesquelles sont devant moi… Manifestement, j’ai perdu ma lucidité !
Je parviens à m’extirper ( c’est le mot, Manu confirmera ! ) de cette sapinière et les derniers kilomètres me paraissent interminables : j’ai l’impression de repasser aux mêmes endroits et de tourner autour du stade comme si je ratais une bifurcation me permettant de rallier l’arrivée. Enfin le stade arrive. Ma lampe frontale faiblit et m’abandonne à 100 mètres de la ligne, passant en mode économie d’énergie : on me voit mais cela n’éclaire plus, surtout avec cette pluie diluvienne. Peu importe, je descendz la dernière butte sur les fesses et je franchis cette ligne dont j’ai tant parlé et rêvé pendant des mois, celle qui me poussait à l’entraînement quand je n’avais pas l’envie…
J’ai bouclé cet Infernal Trail de 205 km annoncés ( mais plus sûrement 210 km ) en 51 h 45 mn et j’ai relancé jusque dans le dernier tronçon. C’est une satisfaction personnelle immense, un beau défi relevé ! Le froid me rattrape, je remets des affaires sèches, mange quelques victuailles au ravito d’arrivée et file à la voiture. Il est environ 4h du matin, je vais y dormir jusqu’à 6h15, moment où mon téléphone me réveille. La pluie redouble d’intensité. Je reprends péniblement le volant jusqu’à notre hébergement où je retrouve Sandie qui se prépare pour son 30 bornes. Je lui dis qu’avec ce temps, je me demande si ce sera maintenu et qu’elle ne doit pas avoir de scrupule à rester au chaud et au sec face à ces conditions climatiques. Mais elle est déterminée et je suis fier d’elle et de l’état d’esprit qu’elle affiche.
Sandie s’en va vers ses aventures quand les miennes se terminent… Je déjeune avec les croissants qu’elle a eu la gentillesse de m’acheter, file à la douche et me glisse au chaud sous les draps où je m’endors en quelques secondes. Je me réveillerai à 13 h 15 pour filer voir Sandie terminer sa course.
Au final, je termine cette course dans un état physique qui m’étonne : je suis évidemment très fatigué mais je n’ai pas eu le moindre début de crampes, je n’ai pas de douleurs articulaires insupportables. Les pieds, les chevilles et les genoux sont sensibles et douloureux mais beaucoup moins qu’après l’UTMJ par exemple. Je n’ai qu’une seule ampoule. En revanche, je suis affamé et je ressens le besoin de manger gras et sucré. Même les nuits sont trop longues et je me réveille pour aller manger !
En conclusion, l’Infernal Trail est une course somptueuse d’une difficulté que je ne soupçonnais pas et qui nécessite d’être prêt physiquement mais plus encore déterminé au niveau mental. L’organisation est au top et les bénévoles rencontrés tout au long du parcours sont exceptionnels de gentillesse, de serviabilité, de dévouement et d’encouragement.
C’est vraiment une course à laquelle il faut participer au moins une fois, quel que soit le format choisi ! Je pense sincèrement y retourner, peut-être même dès l’année prochaine tant j’en suis revenu enchanté.
Epuisé, mais enchanté !
Stéphane
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