Retour sur l'Ultra Boucle des Ballons 2026 10-110726 (U2B – A Place 4 U to Be)
48 solistes au départ – 4 équipes (3 hommes / 1 femme)
10 DNS (dont une équipe) – 21 DNF (dont une équipe féminine). Enorme victoire de Marlène Saint-Martin en 24h33. Classement final : 9ᵉ en 32 h 20
Jeudi 9 juillet, 15 h, départ de Nancy en direction de Münster. En route pour l'U2B où je vais retrouver deux potes qui ont loué un mobil-home à quelques minutes du départ. Installation, derniers préparatifs, puis match France-Maroc devant la télévision accompagné de deux bières légères. Réveil aux aurores : le départ est donné à 6 h.
Cette année, je voulais complètement changer ma manière de courir. Mon plan de course est simple : courir au cardio.
- 115 à 125 bpm sur le roulant et les faux plats ;
- 125 à 135 bpm dans les montées ;
- marcher dès les premières grosses pentes ou si mon cardio dépasse durablement 140 bpm.
Ma moyenne sera de 125 bpm dont 19h entre 115 et 133 ce qui correspond à la zone dans laquelle je brûle des graisses.
L'objectif est d'arriver au CP4 (87 km) ou au CP5 (106 km) sans être entamé, avec des jambes encore fraîches.
L'U2B est une course exigeante. Au-delà de la distance, le profil est terrible avec des montées pouvant atteindre 12 à 13 % sur plusieurs kilomètres, suivies de descentes interminables qui détruisent progressivement les quadriceps.
Dès les premiers kilomètres, nous comprenons que la chaleur sera l'adversaire principal.
Je décide de tourner uniquement aux électrolytes avec une réserve de 500 ml de boisson glucidique que je rechargerai au CP4 puis au CP7. Côté alimentation, je pars sur des compotes, des barres de céréales et des pâtes de fruits ou d'amande toutes les trente minutes. Je bois régulièrement toutes les dix à quinze minutes.
Premier constat au CP1 : je n'ai mangé... qu'une seule compote sur 21 kilomètres.
Je sais immédiatement que je viens de créer une dette énergétique que je paierai plus tard. La course s'installe. Je cours seul. C’est mon rendez-vous avec moi-même, « ma course ». J'échange quelques mots avec les coureurs qui me doublent mais je reste fidèle à mon plan. Le moteur ronronne tranquillement. Les jambes font le taf. Je sens que la mayonnaise prend.
À l'approche du CP3, il commence à faire extrêmement chaud. Une longue piste cyclable en plein soleil nous y conduit. J'en profite pour dérouler les jambes sur cette portion dégagée où il fait largement plus de 40 °C.
Retour de bâton. J'arrive au ravitaillement avec un énorme coup de chaud. Je ferme les yeux sept ou huit minutes avant de repartir un peu mieux.
Quelques kilomètres avant le CP4, après plusieurs longues montées, je commence à somnoler. Puis arrivent les hallucinations.
Je gratte un talus parce qu'il me semble voir une main sortir de l'herbe. Un copain de course me lance : « Viens, on y va ! » alors que je suis en pleine discussion... avec un panneau de signalisation. Mon cerveau déconne et je m’en rends compte. Ce type d'hallucinations arrive normalement beaucoup plus tard, vers les 120-130 kilomètres, pas au 80éme. La nuit, pas en plein jour.
Au CP4, je dors et commence sérieusement à réfléchir à abandonner. J'y passe plus d'une heure.
Pendant ce temps, une coureuse très solide engagée en duo arrive en hyperthermie. Je lui donne ma couverture de survie. L'organisation hésite à appeler les secours. Elle refuse. Elle est vraiment dans le dur pour une coureuse qui a déjà aligné 178km sur un 24h. Sa coéquipière sera tout de même transportée au CP5 afin de pouvoir prendre le départ de son relais. Elles seront DNF.
Il est 19 h. Le CP ferme à 19 h 30. Je suis alors 27ᵉ, complètement aux fraises.
Je repars pourtant vers le CP5 avec encore huit kilomètres de montée à plus de 6 %, 7 % et 8%. J'arrive complètement vidé. Cette fois, c'est sûr : j'arrête. De plus, la liste des DNF explose.
Deux copains débarquent pour prendre leur relais au sein des Baskets Solidaires. Ils me secouent un peu. On me sert une simple salade de pommes de terre, cornichons et œufs. Et là...mon corps redémarre. J'avais simplement besoin de manger du salé et du consistant.
La température baisse enfin. Je repars avec 6km de descente et mes jambes répondent très bien. Je déroule. Mes deux copains partiront vingt minutes après moi et me rattraperont seulement au CP6, dix-neuf kilomètres plus loin en ayant une moyenne de 11.5-12km/h. Ils sont un peu surpris du regain que je viens d’avoir.
La nuit tombe. Je sais que la course commence réellement maintenant. La nuit, c’est mon terrain de jeu.
Après quinze ou seize heures d'effort, mon cardio reste parfaitement stable. Le moteur ronronne toujours. Les jambes sont encore fraîches. Je vais passer toute la nuit puis le début de matinée à chasser et remonter les copains, jusqu'à revenir à la 9ᵉ place.
Vers le 150e kilomètre, la cheville gauche commence à tirer. Quelques kilomètres plus loin, c'est le releveur droit qui se manifeste. Ce n'est pas confortable, mais ça va tenir. L'ascension du Grand Ballon au lever du jour (près de 15 kilomètres de montée entre 6 % et plus de 9 %) laisse forcément des traces. Pourtant...Le moteur tourne toujours. Les jambes répondent toujours.
Vers le 180e kilomètre, dans une longue descente, je décide de dérouler la foulée. Je réalise mon meilleur kilomètre en 5'07, avec une pointe sur 100-200 mètres à 4'40/km. Mes quadri encaissent bien. Merci les séances de rameurs et les séances de renfo de Thomas !! Il reste encore un gros semi-marathon. Je sais qu'un copain est une dizaine de minutes devant moi. J'aurais probablement pu tenter d'aller le chercher. Mais c'est lui qui m'avait remis sur la route quelques heures plus tôt lorsque j’étais en pleine discussion avec mon panneau de signalisation...
Alors je préfère gérer mon avance sur mes poursuivants, discuter avec les bénévoles et les gens que je croise, admirer une dernière fois les paysages magnifiques d’Alsace.
Et puis, tout simplement...J'en ai plein les fesses. Les jambes peuvent encore avancer.
La tête, elle, veut juste que ça s’arrête. Je n’ai plus envie de relancer. Il me manque, assurément, des centaines de km d’entraînement.
Les derniers kilomètres restent toujours un mélange étrange de fatigue, d'une légère tristesse parce que l'aventure touche à sa fin, et d'une immense joie devant ce que je viens d' accomplir.
Ce que je retiendrai
- Mon pari de courir au cardio a parfaitement fonctionné. Ma véritable force n'est pas l'allure, mais le cardio. Préserver mon cœur, c’est préserver mes jambes.
- Ne jamais négliger l'alimentation au profit de la seule hydratation : les deux sont indissociables. Écouter son corps et ne pas s'enfermer dans un plan nutritionnel trop rigide.
- Mille mercis à Benoît de Run Aventure pour les Mount to Coast C1. C'est la première fois que je termine un ultra sans aucun épanchement de synovie au niveau des genoux. 0 douleur aux genoux aujourd’hui.
- Enfin, ne pas être déçu du chrono (+1h20). Cette édition ne m'a pas appris à courir plus vite. Elle m'a appris à courir plus longtemps, plus intelligemment et avec davantage de maîtrise.
À bientôt sur les routes et les sentiers. 🏔️🏃
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